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2012.08.12

Congo : un budget à la hauteur des enjeux ! Brazzaville, le 3 octobre 2015


          Comme nous ne vous l’avons pas annoncé dans notre dernière publication, nous n’avons pas été en mesure de publier nos articles hebdomadaires pendant la période de mes congés d’été. Pourtant, de nombreux événements d’importance ont eu lieu mais les congés sont sacrés dans notre pays, comme les grèves d’ailleurs. Nous allons les relater rapidement - les événements, pas les grèves !

Les pays du sud de la Françafrique se sont enfoncés dans la crise, sans que l’on en comprenne la raison ; pourtant, les gouvernements ont appliqué les consignes strictes de la commission françafricaine : diminuer les salaires, virer les fonctionnaires… et payer les dettes, bien sûr. Les meilleurs économistes du monde, et particulièrement ceux de la RDC[1], ne comprenaient pas pourquoi les citoyens ne consommaient plus, pourquoi les impôts ne rentraient plus, pourquoi la dette augmentait alors que les banquiers de tous les pays du monde voulaient leur prêter de l’argent à des taux attractifs et amicaux – 17 % pour un pays en faillite, c’est un cadeau qu’on ne refuse pas –, pourquoi les gens n’étaient pas contents.

Pendant ce temps, au Congo, après avoir fait voter des lois pour ramener l’âge de la retraite à 35 ans pour les fonctionnaires et à 85 ans pour les salariés du privé, après avoir recruté des fonctionnaires pour remplacer les travailleurs licenciés par leurs entreprises, on s’aperçut que les choses ne s’arrangeaient pas toutes seules. Il faut dire que Frolanda 1er et ses sbires, étant tous issus de l’ENAE[2], n’ayant jamais équilibré un budget et professant l’idéologie du fonctionnariat-producteur-de-richesses, avaient un mal considérable à revenir sur les promesses électorales, au moins dans l’immédiat. L’établissement du budget de l’année 2016 régla définitivement le problème puisqu’il s’agissait de trouver les 30 milliards de francs CFA nécessaires pour ramener le déficit à moins de 30 % du PIB. On allait partager la charge en trois parts égales : le peuple faisait don de 10 milliards de francs CFA, les grandes entreprises idem et l’État s’engageait à tenter de faire une économie de fonctionnement du même montant. 

L’affaire est réglée.

Pourtant, de l’autre côté de l’échiquier politique, on ne voit pas d’un bon œil le gouvernement de Frolanda 1er réussir ce qu’on avait raté. On crie haro sur le chameau : « Vous verrez, le peuple va être saigné aux quatre veines ! » « Les riches vont moins s’enrichir, c’est injuste ! » « Ce qu’il faut, c’est augmenter les dividendes ! »…

Mais les attaques ne sont pas très virulentes, pour cause d’élections internes. Il s’agit de préparer le retour au pouvoir et de viser la place de Fro[3]. La présidence du PRC[4] constitue une étape majeure dans la conquête du pouvoir et Cloppé[5] – l’actuel secrétaire général – n’a jamais caché son ambition. Couillon – ex-premier-ministre expert en gobage de couleuvres – et lui en sont à compter le nombre de bulletins de soutien mis dans les urnes, et on sait ici comment remplir les urnes… ULM[6] et Blaise Moâ[7] ont déclaré forfait dans le jeu des chaises musicales. Le combat des chefs se jouera à l’awélé et les deux candidats s’exercent avec des marabouts, les pieds liés, les yeux bandés, sans les mains, etc.

Pendant ce temps, aux PEN[8], la bataille fait rage entre les O’bama et les O’Mitting. Ce dernier promet la création de 12 millions d’emplois, la polygamie – un de ses adeptes a 24 femmes et 121 enfants -, l’enrichissement des riches et l’appauvrissement des pauvres (ce qui est très intelligent, les pauvres ne sachant pas gérer des fortunes), etc. alors que le premier continue à clamer : « Hiès, Aïkan ! » tout en reconnaissant : « Aïe did nossing ! »

Selon nos dernières informations, un certain nombre d’incapables seraient en train de quitter notre beau pays pour croupir ailleurs, en particulier dans des enfers fiscaux. Fort heureusement, d’honnêtes capitalistes proposent aux salariés de prendre des vacances de longue durée, quand ils ne vont pas sévir ailleurs pour exploiter le travail de pauvres gens sommés d’interrompre leurs propres vacances ou de quitter leurs verts pâturages et leurs lopins de terre. Quelques entrepreneurs pervers et masochistes voudraient qu’on les laisse souffrir en paix ; ils se qualifient eux-mêmes de « Pigeons[9] ». Heureusement encore, Angèle Amer, la chancelière de la RPC, a de la suite dans les idées et ne démord pas de ses convictions : « Plus nos voisins de la Françafrique sont austères, plus la RPC s’enrichit ! » Aucun de nos lecteurs ne souhaiterait qu’elle nous combatte par les armes et tous préfèrent être Zaïrois plutôt que morts. 

Et tout est bien ainsi.

Nous ne manquerons pas de vous tenir informés de l’histoire en marche. 

Votre correspondant à Brazzaville, Charles-Georges-Valéry-François-Jacques-Nicolas du Pont Branlant.



[1] Pour rappel : RDC, République démocratique du Congo

[2] ENAE : École nationale des attardés économiques, enviée par toute la Françafrique

[3] Il parut que citer Frolanda 1er lui donnait trop d’importance. « Fro » le ramenait à sa juste taille

[4] Rappel : PRC = parti républicain du Congo

[5] Il s’agit d’Émile Flippé, fort bel homme, beau parleur, disciple de M’bassar-Kosi

[6] ULM : Ursula-Louise Moriarty, ex-ministre de l’écologie productive

[7] Blaise Moâ : ex-ministre de la Santé au Travail

[8] Encore un rappel : PEN, Puissances du Nord, le pays le plus endetté de la planète, qui exporte ses dettes dans le monde entier via le FED : fonds d’exportation des dettes. Nous vous conseillons de noter et d’afficher sous vos yeux les acronymes de tous les acteurs du drame, on s’y perd !

[9] Il s’agit du premier club de pigeons créé par des chefs d’entreprise, probablement pour accélérer la circulation de l’information en toute discrétion. D’ailleurs depuis lors, le ciel de Brazza est encombré de ces volatiles salissants