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2017.07.17

Stratégie et tactique dans le gouvernement Macron

Stratégie et tactique

Jean Taillardat, 170707

 

Un de mes bons camarades de l’armée de mer se dit atterré par l’incompréhension manifestée après les discours du Président et du Premier ministre, parce que, dit-il, le premier est stratégique et le second tactique.

Tout d’abord, mon cher camarade, un petit retour aux sources ; qu’appelle-t-on stratégie et tactique ? Définitions :

La stratégie est  l’art d’allouer ses ressources et de répartir ses forces (combinaison d’Existence, de Pouvoirs et de Temps) pour atteindre les buts fixés par la pensée politique, en fonction de la situation et de ses évolutions prévisibles… et imprévisibles. C’est un art, qui s’enseigne donc.

La tactique est une habileté manœuvrière, une capacité d’adaptation en situation. Cette capacité est innée ou acquise à force d’expérience.

Revenons donc aux propos de mon camarade. Le discours du Président Macron n’est pas stratégique, et c’est heureux ; il revient au Premier ministre et à son gouvernement de traduire la pensée politique du chef de l’État en stratégie. En revanche, le Président a-t-il fixé le but à atteindre ? Que nenni ! Le but à atteindre est la résultante des valeurs sur lesquelles s’appuie l’action, et l’on sait que les valeurs de la République : Liberté, Égalité, Fraternité, sont bafouées tous les jours par ceux-là même qui devraient les promouvoir et les protéger, à la mesure de leur répétition dans des discours creux. Le but est-il de se couler dans l’Europe, mais quelle Europe ? Est-il de poursuivre la course en avant vers plus de libéralisme économique pour décidément faire de l’être humain un prosommateur assujetti ? Est-il de transformer le pays en gare routière ou ferrée ? La deuxième composante de ce que l’on appelle « le système d’orientation » de l’ensemble considéré – ici la France – ce sont les missions que ce groupe s’attribue pour lui-même et dans un ensemble plus vaste – ici l’Europe et le monde. Or la France n’a pas d’existence propre puisque ce sont les instances européennes qui fixent les normes, et c’est la BCE qui fixe la politique financière. Je suis désolé de constater que le discours du Président – qui n’est plus en campagne, crénom ! – est un ramassis de lieux-communs, d’aucuns, plus positifs, le qualifiant de sermon. Mais peut-être le Président ne tient-il pas à expliciter les buts qu’il veut faire poursuivre à son pays, hormis plus d’Europe (laquelle ?), plus d’écologie (grossière erreur, qui va devenir une faute ; qu’il faille limiter la pollution, les déchets, est un MUST, qu’on se concentre sur la lutte contre le CO2 une ineptie absolue aux conséquences dramatiques), plus de contrôle de l’État – comment pourrait-il en être autrement, derrière les discours de liberté, de la part d’un gouvernement d’énarques-fonctionnaires ?

Les buts n’étant pas définis, le Premier ministre n’est pas en mesure de fixer la stratégie pour les atteindre ; il en est nécessairement conduit à présenter une somme de petites mesures, qui ne sont pas à la hauteur des enjeux. Peut-être a-t-il fait acte de tactique en noyant le poisson pour ne pas désespérer Billancourt ; quoi qu’il en soit, faire mine de s’offusquer d’un déficit du budget beaucoup plus grand que prévu est un acte tactique. Le malheur est que tous les gouvernements successifs ont procédé de même et que les Français, s’ils sont pour beaucoup des moutons, ont horreur d’être manipulés et là, cette incroyable découverte d’une dette méconnue ne semble pas convaincre nos concitoyens.

Donc, mon cher camarade, deux remarques finales. La première est que la communication est une habileté tactique parfaitement maîtrisée par le chef de l’État ; la deuxième est que, par définition, une stratégie ne s’affiche jamais, pour ne pas donner prise aux forces adverses. En revanche fixer le cap est un impératif négligé dans le temps politique. Et ce ne sont pas les vertiges de M. Hulot qui me rassurent ! Ce n’est pas non plus l’inexpérience de nombres de députés de La République Emmanuel Macron, par ailleurs liés par un contrat moral de soutien inconditionnel !

Heureusement la réalité (visible, appréhendable) finit toujours par avoir raison contre les idéologies ; malheureusement, les idéologies ayant la vie dure, cela se traduit toujours par des souffrances pour les gens.

Lettre à Sa Suffisance

À chaque roi ses bouffons

 

Lettre à Sa Suffisance Monsieur de Macron, Président de la République Emmanuel Macron.

 

Votre Suffisance,

Il n’est pas dans les coutumes de la République de mettre le genou en terre devant son Seigneur et Maître, ce que firent récemment des Indigènes aux mœurs traditionnelles, mais permettez-moi de m’incliner avec dévotion et délectation devant Votre Suffisance en signe d’adoration et d’admiration.

D’adoration d’abord, parce que, comme treize pour cent des électeurs français, je suis atteint de macronite ;

D’admiration ensuite devant Votre talent de comédien et Votre culot ; Vous avez d’abord présenté Votre programme : le paradis sur la terre de France ! et Vos spectateurs Vous ont pris pour Jésus – le besoin de se référer à un être supérieur est une constante de l’humanité. Vous avez ensuite glorifié Jeanne d’Arc et les spectateurs enthousiastes Vous ont pris pour Jeanne d’Arc – tant est grande la demande d’un sauveur dans une période troublée. Aux uns Vous avez proclamé que la colonisation était un crime contre l’humanité – sans en croire un mot ; combien d’électeurs acquis ? – aux autres, les harkis, Vous avez dit avec cynisme que Vous les avez compris – ils n’ont aucun poids électoral –, aux derniers enfin – au Puy du Fou – que Vous portez les valeurs traditionnelles de la France – dont, entre nous soit dit, Vous Vous moquez éperdument.

Oui, je suis en admiration : Vous avez étudié Machiavel et Hegel et en avez extrait la substantifique moelle avec une intelligence supérieure, bien aidé en cela par hommes d’affaires, patrons de presse, journaleux, conseillers du Prince, etc.

Et Vous avez su saisir l’opportunité que représentait l’état de décrépitude dans lequel Vos prédécesseurs ont plongé le pays. Vous reconnaîtrez – Ah ! Votre suffisance, Vous ne reconnaissez rien du tout, pardonnez ma naïveté, mon outrecuidance – bref vos amis du PS ont bien aidé la chance en disqualifiant Votre principal adversaire, par ailleurs pur produit de la décrépitude morale de l’Ancien Régime.

Votre Suffisance, j’ai reconnu en Vous un Bonaparte accompli ; lui a mis dix ans pour se sacrer Empereur, Vous n’avez mis qu’un an pour devenir le Président de tous les Français-macronistes !

J’ai également pensé à Napoléon III, Votre Suffisance, qui est devenu Empereur dans des circonstances semblables ; le délabrement du pays et de ses institutions… Vingt-deux ans de règne, la Grande Vie, Haussmann, Offenbach, les Bains, Paris centre de l’Europe – que dis-je, du Monde ! Certes, Votre Suffisance, vous saurez abandonner Vos fonctions et Votre titre avant l’effondrement du Nouveau Régime, d’autres titres de gloire vous attendent : Président des USE – United States of Europe ?

Trois mille spectateurs en transes scandent « Patrick ! » en agitant leurs briquets allumés, Vous n’avez pas eu droit à ces joyeuses manifestations ; Votre Suffisance, quand on brigue le titre suprême, un peu de retenue s’impose et le peuple, Votre Suffisance, a su se retenir.

Comme Vous m’avez engagé à Vous donner le fond de ma pensée, permettez-moi de vous livrer – succinctement – mon interrogation : Comment avez-vous fait pour porter à la députation trois cent cinquante quidams dont la majorité était inconnue des électeurs ? M. Christophe Barbier a osé dire publiquement, et une affiche l’a imagé, qu’avec Votre photo et Votre nom sur l’affiche du moindre de vos candidats, même une chèvre aurait été élue… un grand nombre de chèvres ont été élues. Quelle connaissance Vous avez, Votre Suffisance, des phénomènes de masse et du poids de la propagande pour avoir ainsi aveuglé seize pour cent des électeurs et anesthésié cinquante et un pour cent des autres ! Votre Suffisance, je subodore que Gustave le Bon a fait partie de vos lectures.

Votre Suffisance, il me vient un autre nom… que ma loyauté à Votre égard – et dussé-je en subir les foudres – m’impose : Mme de Pompadour ! On rapporte qu’une diseuse de bonne aventure lui aurait prédit la conquête du roi Louis XV, et elle a fait de son rêve une réalité. Depuis Votre plus jeune âge - pour des raisons qu’il ne m’appartient pas, dans l’océan de mes lacunes, de rechercher -, Enfant Modèle (EM, déjà !) répondant parfaitement aux désirs de Vos parents, de Vos maîtres, de Vos confesseurs, d’un professeur de français, de Vos enseignants, de Vos directeurs, de Vos patrons, Vous avez su vous faire apprécier de tous et franchir huit à huit les marches qui mènent au pouvoir, tant et si bien que des personnalités aussi indiscutables que M. Herman, M. Attali, M. Minc, M. Jouyet, M. Henrot et tant d’autres ont vu en Vous le Phénix qui porterait leurs propres rêves et ambitions.

Car Votre talent ultime, Votre Suffisance, c’est – à l’instar de la Dame Poisson – de transformer Vos rêves en réalités ; la Poisson serait la maîtresse du Roi exerçant son pouvoir à travers lui, le Macron serait l’amant de la France… sans aucun intermédiaire.

L’étude de l’Histoire m’alerte cependant, Votre Suffisance ; jamais les rêves n’ont eu de prise sur la réalité dans la durée. Maintenant que vous avez séduit la France, rien n’interdit de penser que, dans leur grande futilité, les Français pourraient vous rejeter à la mesure de leur engouement. Ce n’est pas que Votre peuple soit particulièrement versatile mais Vous savez qu’il passe aujourd’hui de lubie en lubie ; le hand spinner hier, Vous aujourd’hui, quoi demain ? Nous sommes dans l’ère du jetable, Votre Suffisance, il vous faudra toutes Vos qualités de comédien pour faire croire que Vous Vous renouvelez en permanence ; à Dieu ne plaise que Vous ne soyez dégagé comme l’ont été Vos aînés en politique.

J’ai une pensée iconoclaste, Votre Suffisance, Vous pourriez revenir à Vos premières amours, les planches ?

Il Vous restera à dire d’un ton léger, comme la Poisson après la défaite des troupes françaises à Rosbach : « Après nous le déluge. »

Que le déluge, Votre Suffisance, se produise seulement après Votre mandat, que Vous en jouissiez pleinement avec la Première Dame et Ses suivantes.

Soyez assuré, Votre Suffisance, que Vous trouverez toujours en Votre fidèle admirateur un constant lécheur d’empeigne, au moins jusqu’à l’avènement de Votre remplaçant.

 

Un macroniste anonyme.

2017.01.07

Gestell (arraisonnement utilitaire) et humanisme

Gestell et humanisme ; où va le monde ?

Jean Taillardat, 170107

« Heidegger a montré, et on le lui reproche, que le Troisième Reich, l’Union soviétique et l’Amérique moderne sont trois variantes d’un même système philosophique « d’oubli de l’être » qu’il appelle le Gestell, ou « l’arraisonnement utilitariste ». Dans les trois cas on idolâtre la technique, on marginalise ou on persécute le christianisme, on arraisonne l’homme à l’utilitarisme économique et politique qui prime toute morale, on fait la guerre sans considération pour les civils. L’homme et Dieu perdent leurs places traditionnelles au profit de la race, de la classe ou de l’argent. »

Ivan Blot, La Russie de Poutine, Bernard Giovanangeli Éditeur, p.23

Je suis athée, ou tout au moins agnostique, mais de culture profondément chrétienne et fortement teintée de bouddhisme – J’adhère aux Quatre États illimités que sont : la Joie, l’Amour, la Compassion, l’équanimité (la non-dépendance au résultat de mon action) – et ne reconnais pas le Dieu à longue barbe de mon enfance et de mon catéchisme, non plus que celui des livres sacrés. En revanche je crois en l’Esprit créateur qui baigne l’univers jusqu’au cœur de mes cellules. La place traditionnelle de Dieu m’est donc étrangère, d’autant qu’elle peut être dévoyée en « Got mit uns ».

Je sais d’expérience que l’être humain a besoin de se sentir partie d’un tout qui le dépasse et avec lequel il est en osmose. Je sais aussi qu’il n’existe qu’en relation avec ses congénères, avec son passé et avec un projet commun. Le lien social est basé sur des normes communes et les modèles sociaux, nous disent les psychosociologues, des us et coutumes partagés, sur l’adéquation des rôles que les personnes veulent tenir avec ceux que les autres attendent d’elles, sur les statuts qui permettent à chacun de se situer par rapport aux autres, des attitudes à travers lesquelles une personne prend position par rapport aux autres et aux événements du monde, jusqu’aux opinions et stéréotypes partagés, fonctions d’expression de la personnalité. Ces éléments nous conditionnent certes mais l’autre option, dite libertaire, consiste à faire fi de ces besoins pour espérer fonder la cohésion sociale sur les intérêts particuliers raisonnés. Cette option est défendue et promue par les tenants de l’homme nouveau, qui se posent en maîtres à penser seuls en capacité d’éduquer le peuple, par des socialistes, quoi. Pure idéologie ! dégagée de toute lucidité pratique

Ivan Blot fait ce constat que je partage aussi que, des trois couches du cerveau correspondant aux trois étapes de son évolution, les progressistes nient la couche affective des mammifères, livrant l’homme à ses instincts primitifs – première couche reptilienne – renforcés et exacerbés par la « raison », – le cortex frontal – qui ne sert plus qu’à défendre ses intérêts particuliers et à assouvir ses désirs au détriment de tout investissement dans la cohésion sociale.

Comment, sur quelles bases bâtir un projet commun si on ne s’appuie sur rien de tangible ? Sur les concepts, les idées apportées par d’autres sous couvert de République, de « Nos valeurs » ? Mais alors, il va falloir éradiquer toute culture, toute tradition, tous les us et coutumes. Eh bien, c’est ce que les francs-maçons comme Vincent Peillon ont en projet. 1984 n’est pas loin.

Je refuse viscéralement ce « progrès »  autant que le transhumanisme qui veut faire de l’homme son propre créateur et son but, comme si l’univers lui-même était la création de l’homme ! Vivre cent cinquante à deux cents ans… pour faire quoi ? Éradiquée la maladie, plus de vieillesse et, in fine, la transplantation du cerveau dans un appareillage qui lui donnera la vie éternelle. Autre forme de religion, où l’homme n’est plus relié qu’à lui-même. Il n’y aura même plus besoin de procréer et les femmes seront libérées de la maternité ! Cette fois-ci, c’est Aldous Huxley qui apporte la solution avec Le meilleur des mondes. Les utopistes espèrent, ils veulent croire que les années supplémentaires apporteront plus d’intelligence, plus de sagesse, plus de courage, plus de créativité… bref, que l’homme sera bon ! Doux rêveurs ! Dangereux rêveurs ! Ce n’est pas l’âge de l’individu qui a fait la civilisation, c’est le renouvellement des générations et la transmission du patrimoine, c’est aussi le génie de quelques individus : Mozart ou Rossini, Einstein ou Planck, Michel-Ange ou Rembrandt,… qui n’ont pas attendu la vieillesse pour laisser un héritage inouï.

Je plaide pour l’homme-relié, proche de Pierre Rabbi en cela, l’opposé de l’homme-égotique voulu par la doxa de l’ultralibéralisme, qui est asservissement à ses désirs non maîtrisés. Je suis donc religieux.