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2020.01.02

Pourquoi je fête la Nativité

Deux raisons pour lesquelles je fête la Nativité

Jean Taillardat, le 25 décembre 2019

 

Je tiens que les symboles prennent plus de place dans nos vies que ce que nous prenons pour la réalité, toujours perçue à travers le filtre de nos perceptions. Les souvenirs eux-mêmes sont essentiellement symboliques en ce sens qu’ils constituent des formes de repères dans le chaos de nos vies, des vies de chacun de nous. La quasi-totalité des symboles qui font nos croyances se rapportent à ce que Jung nomme l’inconscient collectif, lui-même fabriqué par les communautés humaines au cours des millénaires.

Ce préambule pour dire l’importance que j’accorde au symbole de la Nativité. Je ne nie pas pour autant, ni ne me cache ce que me disent mes sens, mes oreilles et mes yeux et je vois bien que les nuages s'amoncellent sur l'humanité ; les orages grondent depuis longtemps déjà et des tornades s’abattent sur de pauvres peuples pris dans la tourmente des conflits. Mais un jour, une nuit seulement dans l’année, pouvons-nous nous élever.

Comme une grande partie des chrétiens du monde entier, j’ai fêté en ce 24 décembre la naissance du Christ, comme je l’ai fait durant des décennies habité par la foi puis avec le souci de transmettre à mes enfants l’héritage d’une histoire merveilleuse, celle de la naissance d’un enfant amené à sauver les hommes…

J’étais conditionné, comme nous le sommes tous, par les messages et les modèles parentaux et qui dit conditionnement dit aliénation.

Qu’y a-t-il de mal à cela ? Nous sommes tous conditionnés et l’aliénation entraîne-t-elle de faire le mal autour de soi ? Non, pas nécessairement ; au contraire elle peut créer un abbé Pierre, un Van Gogh, un Freud.

Mais il est – il m’est désagréable – de me sentir aliéné, pas vous ?

Et si je suis allé saluer la naissance de Christ en cette nuit de Noël, c’est par un double mouvement de désir et de réflexion. Je m’explique : de désir parce que je perçois que c’est le désir qui guide la vie des humains, comme expression sublimée des besoins du monde animal – le désir de donner du sens à mes attitudes et comportements à l’instant et à ma vie plus largement ; en la matière l’homme ne manque pas d’imagination ! – sauf quand il pousse l’aliénation jusqu’à se laisser gaver de séries télévisées ou de jeux video ou bien même à être conduit à son insu par la publicité. La réflexion donc, pour orienter le désir vers ce qui lui semble le plus juste, le plus satisfaisant, maintenant et demain et qui va lui apporter la lucidité et le discernement, qui débouchent eux-mêmes sur la générosité et le courage, recherche immémoriale des vertus cardinales.

J’ai donc décidé de choisir mes symboles et celui de la Nativité m’a semblé être primordial ici et maintenant. Ici, c’est dans l’hémisphère Nord, deux à trois jours après le solstice d’hiver, avec la perception du recul de la nuit et de l’annonce des beaux jours à venir – je sais que mes frères humains de l’hémisphère Sud auront leurs Saturnales dans six mois et les fêteront selon leurs propres coutumes. Maintenant, parce que nous sommes entrés dans une période triste pour les Occidentaux d’une forte dénatalité, alors que le désir de vie et de don s’évanouit. J’ai entendu Michel Onfray, dont j’aime beaucoup l’intelligence de le courage, reprendre à son compte cette formule désespérante : « donner la vie, c’est donner la mort ». Mais ce n’est qu’en partie l’explication  de l’absence de renouvellement des générations : consumérisme, individualisme, matérialisme vont de pair avec une grande fatigue collective, une forme d’à quoi bon qui s’empare des vieillards et des civilisations mourantes. Pourtant, cher Michel, je me demande comment un être aussi plein que vous de « la volonté d’exister » n’a pas perçu la joie d’exister et n’a pas ressenti le désir de la transmettre aux enfants… et peut-être de se laisser pénétrer de la leur. L’existence est tragique, dites-vous avec Comte-Sponville ? Vrai et faux, l’être humain dispose de la faculté de la rendre belle ou laide. Entre la naissance et la mort, il y a la vie, la vie consciente, avec ses hauts et ses bas mais avec, surtout, la possibilité de grandir du 1er jour jusqu’au dernier, à travers les joies et les peines, les bonheurs et les épreuves. Il m’est donné de me repaître de toutes mes sensations et de les partager avec les vivants et les morts, j’en remercie mes géniteurs !

Et puis, la deuxième raison pour laquelle je fête la Nativité est liée à notre culture occidentale. Pour la première fois dans l’histoire de l’Occident apparaissait la notion d’Amour, non pas l’amour  lié à une forme de reconnaissance du ventre ou d’autres parties du corps, ni au sentiment amoureux tourné vers soi mais à une nécessaire gratitude envers qui que ce soit à qui je dois la vie ainsi qu’à la vertu supérieure de générosité et d’altruisme – la formule d’Alphonse Allais « un égoïste est quelqu’un qui ne s’intéresse pas à moi » est en vérité très profonde au-delà de la boutade ; moi est l’autre. Quelque quatre cents ans après l’Inde et la Chine, un prédicateur prêche l’amour de l’autre et proclame : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » et « Ce que vous faites au plus petites d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites ». À l’autre bout de notre continent, un homme qui est devenu Bouddha proclamait depuis quatre siècles déjà les Quatre États illimités : l’amour, la compassion, le non-attachement et la joie. Depuis Jérusalem et Rome, l’Église catholique et les autres églises chrétiennes, au-delà des vicissitudes liées à l’imperfection humaine, ont diffusé l’amour jusque dans les contrées les plus reculées, jusqu’à ce que soient proclamés « Les Droits de l’Homme » qui en sont la traduction sécularisée. La personne appelée Jésus, ses disciples et les Évangélistes sont à l’origine d’une révolution inouïe : le sens sublime de la vie, du respect, du partage et de la gratitude.

Fêter la Nativité revient pour moi à accorder un tribut à la Vie et à la conscience et à adresser une louange à tous les êtres qui m’ont appris que « l’Amour sauvera le monde ».

 

2019.03.28

Moi, premier roman chapitre 4

Moi, premier roman

Chapitre 4

 

Rappel : je suis donc né du désir de mon père et mis sous les auspices des fées. Il s’agit maintenant de proclamer ma venue au monde urbi et orbi. Seule une attachée de presse peut le faire, ce sera Béatrice-Alberte Baluchon, dite Baba… Badaboum, le premier article – heureusement bloqué par mes parrain et marraine – démolissait mon père et m’ignorait complètement ! Deuxième tentative : Livre Abdo ne peut pas présenter un livre d’un auteur inconnu !

Baba envoie un courriel à parrain, marraine et père : « Une personne très importante a accepté de me voir et s’il décidait de nous soutenir, ce serait le jackpot ! Seulement je n’ai pas un bon souvenir, c’est peu dire, et il va falloir que je me défende

  • Que vous vous défendiez de quoi, Baba ? lui demande parrain par téléphone.
  • Vous me promettez que vous garderez le secret.
  • Bien sûr, mais vous m’inquiétez.
  • Henry M. est un grand patron, introduit partout. Il y a trois ans de cela, je suis allé dans ses bureaux pour lui présenter un ouvrage. On s’était rencontrés au salon du livre de Paris. Bon, j’étais encore naïve, il m’avait donné rendez-vous à 19 heures. Il m’a laissé parler et m’a interrogé correctement, autour d’un planteur et, au bout d’une heure, alors que l’alcool m’avait un peu troublée, il s’est littéralement jeté sur moi. J’étais hébétée, tétanisée et en même temps attirée par cet homme au charme indéniable ; c’était presque un viol…

Parrain en a eu le souffle coupé et a immédiatement précisé :

  • Baba, il est hors de question que vous acceptiez de vous prostituer pour promouvoir un de nos ouvrages ! Vous n’avez pas porté plainte ?
  • J’avoue que j’étais sous le charme… J’ai même cru qu’il y avait quelque chose entre nous…

Bon, Baba a accepté le rendez-vous que ce sale bonhomme lui a proposé… chez lui, à 20 heures. Nous attendions tous avec une certaine inquiétude le résultat de cet entretien, qui est arrivé le lendemain même. C’est Baba qui a appelé, parrain l’a tout de suite questionnée :

  • Alors ?
  • Raté. Il m’a laissé parler pendant une heure, en manifestant un intérêt courtois pour ce que je lui disais et, au bout d’une heure, il s’est levé et s’est approché pour m’embrasser. Je l’ai repoussé en lui disant que j’avais maintenant un compagnon et que je lui étais fidèle. Il n’a pas apprécié d’avoir perdu une heure mais n’a pas insisté, c’est trop dangereux maintenant. Il m’a quasiment mis à la porte. Évidemment, il ne parlera pas du livre.

Là, nous n’avons pas ri du tout, dans quel monde pourri vivons-nous !

Moi, premier roman, chapitre 3

Moi, premier roman

Chapitre 3

 

Rappel : je suis donc né du désir de mon père et mis sous les auspices des fées. Il s’agit maintenant de proclamer ma venue au monde urbi et orbi. Seule une attachée de presse peut le faire, ce sera Béatrice-Alberte Baluchon, dite Baba… Badaboum, le premier article – heureusement bloqué par mes parrain et marraine – démolissait mon père et m’ignorait complètement !

Baba n’était pas très fière; ses efforts n’étaient pas récompensés. Mais on ne pratique pas ce métier si on cale à  la première difficulté. Il y a plusieurs milliers de journalistes ou soi-disant tels !

Ah, elle a un bon contact avec une journaliste du Livre Abdo, qui présente les nouveautés aux libraires indépendants abonnés à Elle-spectre. Elle nous prévient, nous bloquons notre souffle…

Encore raté, comme disait notre magicien : « Non, Baba (elles se connaissent bien), comprenez-moi, c’est impossible, on ne peut pas présenter un auteur inconnu, publié dans une petite maison d’édition inconnue, qui plus est – Mais, Lise-Bête, comment voulez-vous qu’il se fasse connaître si vous n’en parlez pas ! – Je sais mais je n’y peux rien – Bon, je vous assure que ce livre est de très haut niveau, pouvez-vous le lire, ou au moins le parcourir ? – Hélas, cela m’est impossible, si vous connaissiez ma charge de travail ! – Écoutez, le héros est un enfant de la DAS accueilli par un couple de juifs qui sont éditeurs justement et Samuel traduit des romans à l’eau de rose qu’il transforme en succès… – Baba, je suis désolée mais je ne suis pas disponible pour en parler là, mais envoyez-moi le livre, j’essaierai… – Mais Lise-Bête, je vous l’ai envoyé, le livre !  – … »

Baba a ensuite essayé le charme, puis la pitié, elle était sur le point de manifester sa colère mais surtout pas, Lise-Bête est une personne à choyer et il y aura d’autres auteurs à promouvoir sur Livre-Abdo. Elle téléphone à Parrain, triste, démoralisée, tout en rappelant que les journalistes sont libres et qu’on ne peut pas les contraindre, bla-bla. Père, marraine, parrain… et moi, on a préféré en rire, mais on a moins ri au chapitre suivant !