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Ma vie sur Terre, chapitre 3

Où je découvre avec horreur que je suis possédé par ma culture !

 

Depuis des temps immémoriaux (pour ne pas dire depuis la nuit des temps, formule qui déplaît à tous les profs de Lettres), je cherche à savoir d’où je parle, où se trouve ma liberté et ce qui l’entrave. Tâche immense… et décourageante. Décourageante parce que le résultat de ce type de réflexion n’est pas réjouissant. Sans doute d’ailleurs vaudrait-il mieux que vous arrêtiez là la lecture…

Je fais en effet partie de cette population âgée qui est encore attachée à des traditions par essence obsolètes, à des traditions, des souvenirs, des liens avec des anciens morts depuis plus ou moins longtemps, des grands-pères par exemple, dont – je m’en suis confessé dans le chapitre précédent – j’ai interrogé la vie et médité les discours. Rendez-vous compte, des individus qui sont nés au xixe siècle ! Comme de Gaulle… Ringard ! Comment voulez-vous, sauf à faire mon coming out existentiel, que je puisse enfourner les billevesées à la mode, que j’entreprenne ma déconstruction, que je m’éveille au wokisme, que je devienne un progressisse enthousiaste et rayonnant !

Qui pourra m’aider à couper les liens inaltérables qui ont été tissés depuis avant ma naissance et qui se sont renforcés avec les ans ? Un obstétricien ? Une Sandrine ? Car, hélas, j’ai eu un père et une mère « naturels » qui s’étaient mis dans la tête de m’éduquer, de me transmettre, mais oui, des valeurs, comme le faisaient leurs propres aïeux : des devoirs, des contraintes, des normes de comportements, des règles sociales, et même (aïe !) une éthique ! : bienveillance, courtoisie, fidélité, respect, générosité, voire honnêteté. J’écris bien « voire honnêteté », car j’ai très tôt compris le caractère flou de cette vertu. Donc, dans mes tendres années, il était de coutume d’aller à confesse pour obtenir le pardon divin pour nos péchés. Je pense que le curé qui recevait ma confession n’était pas dupe de ce dont je m’accusais, tout n’était pas avouable, même derrière un grillage et un anonymat sans doute relatif. Les curés auxquels j’ai eu affaire ne m’ont d’ailleurs pas fait l’effet d’être des pervers inquisiteurs

Bref, j’étais conditionné, autant dire formaté et si je sortais des clous, j’étais pris d’un certain malaise. Nous savons aujourd’hui que le summum de l’autorité exercé sur une personne se produit quand elle a intégré la norme et se soumet de bon cœur à ce qui lui semble naturel.

 

Donc, j’étais inscrit dans une lignée généalogique, mes parents eux-mêmes ayant reçu un héritage en partage, et leurs propres parents aussi. Plus dramatique encore, mes enfants, mes pauvres enfants, ont subi le même sort, de sorte qu’ils transmettent à leurs enfants, pauvres petits-enfants, des règles de vie inscrites dans la tradition. Comment moi-même, ma femme, nos enfants, nos petits-enfants pourrions-nous être « des enfants de notre siècle » ? des premiers-hommes de la modernité, soumis à la mode (mode-érnité) tout en participant à son élaboration. Il n’y a pas de tatouages chez nous, pas même de décalcomanies ! À peine de vêtements à la mode, quelques paires de chaussures. Il y a bien quelques emprunts au vocabulaire « actuel » mais nous nous comprenons et nos petits-enfants viennent tous chercher auprès de leur grand-mère le savoir exigé de candidats à l’épreuve de français du baccalauréat et de leur grand-père quelques rudiments de questionnement philosophique. Bref, hors ces rares occasions, nous sommes « dépassés », has been, autant dire rétrogrades.

Ce qui n’est pas sans me poser des questions. Car je pense que ce qu’on appelle la culture est essentiellement évolutive. La nouvelle humanité, que l’on veut trans-humanité, est inéluctable : les échanges, les voyages, les mélanges, les progrès techniques et informationnels, de la médecine et des interventions génétiques, tout conduit à une « humanité enrichie »… enrichie de quoi ? nous le saurons en temps utile ! Dans l’expectative, nous sommes appelés à rompre la chaîne généalogique : les parents, des géniteurs irresponsables ! Les enfants ? quoi les enfants ? Quelle idée de faire des enfants d’abord ? Par voie naturelle ? Procréer en baisant, mais c’est une idée complètement rétrograde ! Si d’autres humains doivent probablement nous remplacer, dans la mesure où ON aura besoin de main d’œuvre ou de cerveaux disponibles, on sait aujourd’hui les produire artificiellement – J’attribue à Aldous Huxley la traduction géniale de ce projet – à faible coût et haut rendement.

Je me suis éloigné de la question qui m’a conduit à ces développements. J’ai toujours voulu me dissocier de mes conditionnements, démarche sans laquelle je suis le jouet de forces extérieures à ma personne et sans laquelle je ne dispose pas de ma liberté. D’ailleurs ma question est mal posée : ne suis-je pas d’abord possédé par ma nature ? Comme si ma conformation physique et mentale ne dépendait pas d’abord des gènes parentaux ! Débat éternel entre nature et culture. Ma taille, mon squelette, ma musculature, ma corpulence n’ont-ils pas une importance sur mon identité et mon rapport à l’environnement, à l’autre ? Et, à part ma corpulence qui est hélas beaucoup due à une gourmandise liée à mon psychisme, et ma musculature que j’aurais pu entretenir en salle de sport, je vois le monde depuis mon corps biologique. Cependant, je ne doute pas que mes attitudes et mes comportements sont des acquis. Position dans ma fratrie, messages parentaux, modèles sociaux, manques ou excès d’amour maternel et paternel, conditions de vie pendant l’enfance (nécessité de la lutte pour la survie par exemple) m’ont forgé et créé, plus ou moins, quelques vertus : lucidité, courage, enthousiasme, confiance en moi, empathie, sens de la justice. C’est depuis ces vertus que je peux gagner un semblant de liberté… malgré tout !

On m’accorde une capacité peu répandue non seulement d’écouter d’autres points de vue mais également de les prendre en compte. Par exemple, quand un Peter Sliterdijk démonte – magistralement – le Nouveau Testament, entre autres, en partant des Évangiles eux-mêmes pour en montrer les contradictions ou bien pour percevoir le vrai visage du Christ derrière les images d’Épinal, je prends note… Ce qui ne m’empêche pas de trouver remarquable et plein d’humanité le message évangélique. Probablement reviendrai-je plus tard sur le rôle et le pouvoir des mythes, je crois leur portée essentielle. En même temps (je demande pardon au lecteur mais j’utilisais cette expression bien avant de l’avoir entendu dans la bouche de Foutriquet), en même temps donc, je cherche d’où parle Sloterdijk et je constate qu’il est foncièrement matérialiste : son point de vue ne peut envisager le supra matériel, les manifestations de l’étrangeté… sauf si elles sont volontairement absentes de son ouvrage Après nous le déluge.

Je vais m’appuyer sur cet ouvrage pour montrer en quoi la France et les Français ont accouché d’un monstre. Mais ne cherchez pas la petite bête, ou l’outrance, le monstre est par définition un être vivant ou mythique unique en son genre et on parle bien de monstre sacré. Ah ! mouché, le macronisse ! Ce n’est pourtant pas dans ce projet de réflexion qui ambitionne de taper beaucoup plus haut. Savez-vous qu’un objet céleste tombé sur notre planète contient des acides aminés, qui sont les premiers éléments de la vie ?… Une vie qui viendrait d’ailleurs. Ça vaut un chapitre à soi seul, non ?

 

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