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2013.04.25

Troisième lettre au Président

                                                   Pétaouchnok, quintidi, 5 floréal an 221

 

 Monsieur le Président,

 

    Tout d’abord, permettez-moi de vous féliciter : votre projet de faire du mariage religieux une survivance du passé en instituant un mariage républicain pour tous, vous qui n’avez jamais songé à vous engager dans ces liens administratifs, est en passe d’être réalisé. Seul un quarteron de frigides croyants (catholiques, protestants, juifs, musulmans) attachés à la royauté résiste encore et déjà vous avez créé un deuxième écran de fumée avec les lois que vous voulez faire voter pour assurer « la transparence » de la vie publique.

 

    Néanmoins je vous alerte de nouveau comme je l’ai déjà fait de vive voix : les risques ne sont pas minces que l’on vous cherche des noises, sur plusieurs points que j’aborde ici.

 

   Primo : le statut de votre maîtresse. Vous l’entretenez aux frais des contribuables et lui avez accordé un certain nombre de conseillers. Je crains qu’on vous en fasse procès car, soit elle n’est que votre maîtresse et l’on va vous demander de rembourser ces frais indument engagés, soit elle est votre concubine et dans ce cas votre déclaration de patrimoine et de revenus doit inclure la sienne. (Faut-il ajouter que vous avez investi dans une SCI avec votre ex-concubine ? et que peut-être on va vous demander de rendre cela transparent). Il va falloir vous déterminer. Le maintien de votre situation actuelle ne peut que décrédibiliser votre démarche de moralisation et, je crois bien qu’une plainte a été déposée contre vous sur ce sujet. Un comble, vous allez devoir vous marier, vous !

 

   Secundo : les conflits d’intérêt. Vous notez à juste titre qu’il peut y avoir conflit d’intérêt pour un élu entre ses fonctions électives et ses fonctions dans le secteur privé, d’avocat d’affaires ou de médecin mais le premier des conflits concerne l’élu qui a un statut de haut fonctionnaire. Vous savez que cela est interdit en Angleterre, par exemple. Vous même conservez ce statut, vous êtes juge et partie. De plus il y a collusion évidente entre la haute fonction publique et le secteur bancaire. Vous voilà donc bien en peine de mettre en œuvre votre programme de lutte contre le système financier ! La société civile va vous interpeler sur ce point ; je vous conseille d’anticiper et de vous mettre en ligne avec les valeurs que vous affichez.

 

    Tertio : le non-cumul des mandats. C’était une de vos promesses phares ! Il paraît évident que les élus vont renâcler ; qui est prêt à scier la branche sur laquelle il tient son fromage ! Votre crédibilité est engagée, monsieur le Président, vous donnez l’impression de vous battre sur des thèmes annexes par rapport à la gravité de la situation. Votre sens moral vous oblige à respecter votre promesse électorale, sans quoi ne vous attendez pas à ce que le peuple vous suive. 

 

   Quarto : le mille-feuille administratif et le nombre des élus. Vous êtes pris entre deux feux : favoriser vos amis élus et fonctionnaires d’État ou de régions (vous êtes fonctionnaire dans l’âme), d’un côté, ou diminuer de façon drastique leur nombre. À titre d’exemple, nous avons proportionnellement cinq fois plus de parlementaires que les USA, près de deux fois plus qu’en Russie, avec une présence effective extrêmement faible sur les bancs des assemblées !

 

   Quinto : la bombe de la franc-maçonnerie ! Votre gouvernement compte de très nombreux frères du Grand Orient de France, dont vous, votre Premier ministre, le ministre de l’Intérieur, celui de la Défense, celui des Affaires Étrangères, le ministre des Transports et de l’Economie, celui du Travail, celui de l’Éducation Nationale, etc. Votre confrérie, au sens littéral du terme, explique la mainmise de votre obédience sur le gouvernement et, sans doute, votre aversion pour le mariage religieux, qu’il est dès lors important d’attaquer en faisant du mariage pour tous un succédané. Vous ne vous étonnez pas, m’avez-vous dit, que les religions monothéistes réagissent violemment à cette attaque en règle. Reste donc à vous marier à l’église… mais laquelle ?

 

   Monsieur le Président, comme je le rappelais dans ma précédente lettre, vous souffrez de constater que la réalité économique ne se plie pas à vos souhaits, encore moins à votre volonté. La balance commerciale est certes passée de - 74 Mds euros en 219 à – 67 en 220 mais cela est dû à la baisse des importations et de l’euro et non à l’accroissement des exportations. Par ailleurs le nombre des chômeurs franchit un record historique à 3,2 millions et il atteint les cinq millions en intégrant les personnes qui ont travaillé au cours du dernier mois. Et ce ne sont pas les mesurettes que vous avez fait voter qui vont changer la donne. Monsieur le Président, CE SONT LES ENTREPRENEURS SOUTENUS PAR LES ACTIONNAIRES QUI CRÉENT L’EMPLOI ! La France est un pays bureaucratique, il vous faudra une énergie sans pareil et un talent pédagogique extraordinaire pour faire comprendre cette réalité aux Français, mais vous-même, comment réagissez-vous par rapport à cela ? vous qui êtes, je le répète, fonctionnaire dans l’âme. Vous m’avez dit qu’en fervent keynésien, vous comptez sur le renversement du cycle avant la fin de votre quinquennat. D’abord, vous convenez que c’est faire peu de cas des gens qui souffrent de pauvreté et d’absence de travail et vous commencez à craindre une crise profonde et durable. 

 

    Je vous souhaite bien du courage, pour vous, votre santé, et pour le peuple de France. Je me tiens à votre disposition pour vous aider dans votre prise de conscience et dans vos décisions.

  

Votre très dévoué,

Talleyrand

2013.04.04

Rien ne va plus !

                                                                    Brazzaville, le 7 janvier 2016

 

Cher lecteur impatient,

 

L’actualité m’a rattrapé alors que je franchissais la passerelle de l’avion mis à ma disposition pour mon fameux reportage sur les pingouins : la République est en danger ! Elle est en danger parce que nos élus ne peuvent plus faire le contraire de ce qu’ils disent sans que les médias s’en mêlent.

 

Ainsi, notre ministre du budget, Jérôme K. Jérôme, anciennement président de la commission des finances, a avoué avoir mis en bon gestionnaire de l’argent de côté dans une petite île de la côte occidentale réputée pour blanchir les africains : Sao et Tomé. Oui mais voilà, il n’avait pas le droit, pas plus que tous les fortunés qui pratiquent le déplacement de monnaie pour échapper aux collecteurs des impôts du Monarque. Qui plus est, JKJ avait la charge de faire rapatrier ces billets qui voyagent au gré des banques. Personnellement, je considère, preuves à l’appui, qu’il n’y a pas meilleur policier qu’un ancien repris de justice[1]. D’ailleurs, tout le monde, l’ensemble de l’échiquier politique, louait son professionnalisme.

 

Il semblerait que le larcin n’atteindrait pas des sommes mirobolantes et que « le feu ne valait donc pas la bougie[2] ». Oui mais voilà, JKJ a menti, en nous regardant tous les yeux dans les yeux, et cela, c’est impardonnable. Frolanda l’a dit lui-même. Prenons cependant un peu de recul, cher lecteur ; un autre homme d’État congolais a menti pendant quatorze ans en nous mettant sous le nez des examens médicaux falsifiés : Anchois Mazarin ! Dans la Puissance des États du Nord (la PEN), un autre président a juré sur la Bible que les taches sur la robe de Moussaca Vitprix n’était pas le fruit de ses pollutions diurnes. Un de ses prédécesseurs a juré qu’il n’avait pas mis des écouteurs sur les oreilles de ses concurrents.

 

Nous aurons une République irréprochable, a proclamé Frolanda… C’est grave, il va falloir É-LI-MI-NER la totalité des députés, au bas mot ! puisque leur rôle au parlement consiste avant tout à pratiquer le trafic d’influence pour faire affluer la manne étatique vers leurs circonscriptions ! Et qu’une autre partie importante de leur temps est consacré à se voter des retraites pour lesquelles ils n’ont pas ou ont peu cotisé. J’en connais un certain nombre qui briguent un mandat centrafricain, bien plus juteux ! Là, pas d’impôts du tout !

 

Holà, on parle maintenant d’un secrétaire de la campagne qui aurait également un compte en Sao ! Un socialisse que j’interviouvais récemment me déclarait : « On ne peut pas reprocher à un socialisse de ne pas aimer l’argent ! ». Je comprends maintenant pourquoi ils se dépêchent de s’en débarrasser : loin des yeux, loin du cœur !

 

Les socialisses de base sont effarés, déçus, déboussolés ; certains même sont en colère. Comprenons-les, chers lecteurs, beaucoup d’entre eux sont fonctionnaires ; ils s’inquiètent. Un jour, on va leur demander de cotiser plus pour leurs retraites, de travailler plus longtemps, de rogner sur leurs pensions, en un mot, d’être des citoyens comme tout le monde. Insupportable ! Aux armes, bureaucrates ! Formez vos manifestations !

 

Et l’opposition dans tout ça ? Je l’ai écrit : Achille Talon éructe de plus belle, Moussa Razé réclame la démission de tous les politiques, elle incluse, car les politiques sont des m… ! dit-elle. Flippé rigole ; il espère bien que les Congolais vont oublier ses petits arrangements avec l’honnêteté, malgré le livre que deux insolents journalistes viennent de publier. Couillon est lointain ; il semble qu’il ait jeté toutes ses forces dans la bataille pour la conquête du PRC[3] et qu’il soit épuisé. M’Bassar-Kosi a des démêlés avec la justice, jetons un voile de pudeur sur sa vie privée.

 

J’ai beaucoup parlé des hommes, cher lecteur, mais les poulets volent bas également entre les femmes pour la conquête de Brazzaville, ULM et BD[4]. Elles s’accusent réciproquement d’être des parachutées, des moins que rien, des femmes quoi ! Et des bagarres de femmes, c’est torride, pire que des combats de coqs, croyez-en un habitué des combats de femmes dans des bains de boue !

 

Je vous l’écrivais : rien ne va plus !

  

Charles-Georges-Valéry-François-Jacques-Nicolas du Po



[1] L’inverse est vrai, dit-on. Il n’y a pas meilleur conseiller en planque d’argent que l’ancien collecteur des impôts. Cette affirmation, au dire des personnes fortunées, n’est cependant pas avérée.

[2] Expression typiquement congolaise par assimilation de l’ancienne langue coloniale.

[3] PRC, pour rappel : Parti Républicain du Congo, le parti au pouvoir étant le PDC – Parti Démocratique du Congo, et non des homosexuels hommes !

[4] ULM et BD : Ursula-Louise Moriarty et Badine Dosados