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2010.09.25

Apartheid

Petite expérience significative à l’entrèe du Musée de l’apartheid de Jo’burg. A l’entrée, nous avons été séparés et sommes entrés par deux entrées différentes ; nous ne comprenions pas pourquoi. Le gardien nous a fait remarquer que nous avions deux billets différents… oui, et alors ? regardez-les mieux. Effectivement, l’un mentionnait White et l’autre Not White. Histoire de nous mettre dans l’ambiance. Et les photos et videos nous ont fait toucher du doigt l’effrayante réalité de l’apartheid…

Pourquoi cet apartheid ? Les européens sont arrivés par vagues dans un pays superbe et accueillant, très peu peuplé, et par des gens arrangeants, souriants et pacifiques. Ils sont arrivés, protestants persécutés par les monarchies très catholiques, peuples chassés par la famine, la pauvreté et les guerres. Ils ont pris possession du Sud de l’Afrique où ils ont trouvé des conditions climatiques très satisfaisantes et d’immenses terres pratiquemen vierges qu’ils ont, à force de courage et… de bras noirs, défrichées, ensemencées, moissonnées, cultivées. Et l’or et le diamant sont arrivés là-dessus, introduisant les affres de la cupidité. Le Royaume-Uni, du temps de sa splendeur, ne pouvait pas passer à côté de telles richesses (il exploitait encore l’Australie pour sa laine, l’Inde et la Chine pour les épices et l’opium, l’Amérique du Nord pour le coton…) ; il contraignit les Africaners à remonter vers le Nord-Est, sur les plateaux. Pour soumettre les mêmes Africaners, il aida les populations noires à secouer le joug du servage et de l’esclavage. Représentant à peine 12 % de la population d’Afrique du Sud, les Africaners, voulant naturellement conserver leurs pouvoirs et les avantages de leurs positions, même après l’abolition de l’esclavage, ont été conduits à denier aux noirs le droit de disposer d’eux-mêmes, particulièrement en leur refusant le droit de vote. Comme partout, la misère rassemble les pauvres en périphérie des grandes villes ; Soweto grandit, grandit, et devint une zone de non-droit. Garder son pouvoir, maintenir l’ordre, dissocier les deux communautés, les séparer pour éviter le mixage pertubateur. Car la foi des Africaners ne pouvait accepter et exiger la séparation des races que par référence à la Bible : les noirs ne constituent-ils pas la descendance de Canaan, condamnée à être des serviteurs jusqu’au jugement dernier ?

L’Apartheid a duré quatre vingt ans et se serait prolongé encore longtemps, à mon avis, si les grandes puissances, USA en tête, n’avaient pas mis en œuvre d’intenses pressions pour la faire cesser.

Puissance du nombre… l’Algérie française aurait-elle été une terre d’apartheid si la présence française avait perduré ? On peut le penser. Les alsaciens d’origine, immigrés de la guerre de 1870, les paysans affamés et autres corses qui ont formé la communauté des « pieds-noirs » entretenaient des « rapports amicaux avec » les algériens d’origine, comme les africaners avec les noirs au début du XXème siècle. Mais le mouvement démocratique issu de la terre des Droits de l’Homme aurait irrémédiablement accordé un jour ou l’autre le droit de vote aux … Français d’Algérie, c’est-à-dire aux algériens de la terre algérienne. Et cela, de Gaulle l’a compris. Une France de 90 millions d’habitants dont 40 millions d’arabes, avec le même droit de vote… la politique de la France dictée par une population arabe ? inacceptable, et à juste titre : la France n’est pas arabe, l’Algérie n’est pas la France.

Apartheid…

Le sionisme révisionniste de Menahem Begin, fondé par Zeev Jabotinsky dans les années 1910, prône « la transformation de la Palestine (y compris la Transjordanie) en un Etat indépendant sous la direction d’une majorité juive bien établie ». D’après Shimon Péres, lorsque Theodor Herzl, fondateur du sionisme, disait : « un peuple sans terre cherche une terre sans peuple », il n’était pas conscient de l’existence d’une population arabe en Palestine. Mais il y a des palestiniens ! Comment rester un état juif démocratique avec une population majoritairement arabe ? La réponse est évidente : en excluant les palestiniens. Ce qui a été fait en 1948, à la suite de la première guerre israélo-arabe. Près de 800 000 expulsions, des villages rasés, la menace permanente. Le gouvernement jordanien a participé à ce mouvement de population ; il s’agissait de se partager la dépouille du protectorat anglais sur la Palestine. Je sais bien qu’à chaque fois que l’on aborde Israël et la Palestine, on sera accusé d’antisionisme, au mieux, d’antisémite au pire, ou bien, à l’inverse, de sioniste et d’anti-arabe.

(J’ose aussi dire que la ségrégation est inscrite dans le Coran).

Apartheid… Ségrégation… partout dans le monde.

Les communautés craintives, apeurées face à la montée des inégalités sociales, du renchérissement des matières premières, des racismes, créent le communautarisme. Les puissants sont les premiers à éviter le mélange des populations, en créant des zones protégées. A proximité de mon domicile, Marne-la-Coquette accueille un grand parc entouré de grands murs protégés par des systèmes sophistiqués de protection. A l’intérieur, les propriétés de quelques people, Johnny et autres. Mais mon village de Ville-d’Avray n’est-il pas une enclave ? Et combien parmi nous habitent à Saint-Ouen, où l’étranger est le blanc ?

D’un autre côté, il n’y a pas de communauté sans un extérieur. En psychosociologie, on mentionne le group-in et le group-out. C’est une nécessité de se sentir appartenir à une communauté, à laquelle on est lié par l’histoire, les coutumes et les modèles sociaux. D’ailleurs, le plus souvent, ce qu’on appelle le choc des religions n’est qu’un choc de coutumes. L’interdiction du porc et du vin, la viande kascher (ou casher), le port de la barbe ou de la kippa, ou du voile tiennent de la coutume au même titre que la façon des maoris de se frotter le museau pour se dire bonjour, coutumes qui permettent de se sentir appartenir à une communauté.

La question est : peut-on appartenir à une communauté en étant ouvert et accueillant aux autres ? Sans pratiquer la ségrégation ?



On peut faire confiance aux grandes puissances pour intervenir partout dans le monde au nom des Droits de l’Homme… et au mieux de leurs intérêts.

2010.06.04

Dieu existe, je l'ai créé

Dieu existe, je l’ai créé

Et Il a tout ce que je n’ai pas…

D’abord, Il est omnipotent, et pas moi. Vous direz que ça ne se voit pas. Il surveille chacun des cheveux de mon crâne… et j’ai perdu mes cheveux.

C’est un libertaire absolu, et pas moi. Il nous laisse faire ce qu’on veut quand on veut, et les pires crasses qui soient : assassinat, viol, génocide, vol…

Il est omniscient, et pas moi. J’ai du mal à comprendre et Il a la chance de tout comprendre, et pour cause, Il a pensé à tout pendant six jours. Là où je Le plains, c’est que plus je comprends plus je désespère. Heureusement qu’Il lui reste le septième jour pour oublier tous les autres !

Il est éternel, et pas moi. J’ai l’impression, sans doute fallacieuse, de grandir en sagesse. Sur soixante ans de vie, c’est court, certes, mais grandir éternellement en sagesse, ça doit être un peu long et fastidieux. Bon, je pense qu’Il a atteint un état de non-attachement, y compris vis-à-vis de sa créature préférée, moi.

Il a une cour immense autour de lui, des anges, des archanges, et pas moi. Plus près encore, l’un d’entre nous qui a beaucoup souffert avant d’être admis à ses côtés, son fils adoptif, parce qu’Il a aussi le Saint-Esprit, qui est le vrai géniteur (le père nourricier était très conciliant). Ça manquait un peu de femmes, Il a fait venir la mère de son fils adoptif (vous suivez toujours ?). Le problème avec les cours, c’est que les courtisans vous cachent la réalité. J’imagine que Dieu ne sait plus très bien ce qui se passe sur Terre, et il vaut mieux.

Il a enfin une Eglise à lui, et pas moi. Et même un Etat, l’Etat Pontifical, une petite enclave certes, mais très riche. Une banque un peu secrète, avec de gros moyens, des tas de gens qui donnent le denier du culte ou qui lèguent leurs biens. Il vaut mieux donner à l’Eglise ; elle utilise l’argent bien mieux que les pauvres, qui le consommeraient. Des tas de prélats, un Pape, etc.

Il a d’autres Eglises, et moi pas, ce qui lui permet de diviser pour mieux régner : une Reine papesse in England, un Patriarche orthodoxe, des tas d’Imams et de Muftis, de Grands Rabbins. Beaucoup plus impressionnant que le Panthéon homérique !

Il est très écouté, et moi pas. Une multitude veut entendre sa Parole, et certains y arrivent – Abraham, Moïse, Jésus, Mahomet et bien d’autres, alors que je prêche dans le désert.

Somme toute, je ne L’envie pas ; bien que je L’aie créé, toutes Ses qualités L’encombrent, et ça manque singulièrement de femmes là-haut, mais peut-être… !

Jean Taillardat, 4 juin 2010

2010.05.08

Nations, je vous hais !

Être libre, c'est à la fois être capable d'exprimer, avec force au besoin, ses états d'âme et ses opinions et, simultanément, les savoir et les accepter comme partiales, partielles, donc critiquables.

« Le judaïsme est violence, le sionisme est violence, l’arabisme est violence, l’islam est violence, le drapeau est violence, l’hymne national est violence… Là où les gens ne voient que frontières et Etats, je ne vois que géologie, montagnes, plaines et vallées.[1]» Avinadav Begin, 36 ans, petit-fils de feu Menahem Begin, auteur de « La Fin du conflit", bilingue hébreu-arabe.

Nations, c’est en votre nom que les pays d’Europe se sont foutus sur la gueule depuis Charlemagne, massacrant à chaque conflit les forces vives de notre continent. C’est en votre nom que notre fabuleux continent européen est en passe de perdre sa civilisation.

Mais à qui profite le crime ? Nécessairement à ceux qui gouvernent, sinon ils auraient pris et prendraient d’autres décisions. Les rois d’abord, puisque ils l’étaient de droit divin, sous la houlette d’une papauté prompte à savoir son intérêt propre et à mettre le spirituel au service du politique, jusqu’à constituer un Etat ! Puis leurs successeurs, les élus du peuple et les membres des gouvernements, alliés aux maîtres de forge d’abord, puis aux grands capitalistes ensuite.

Une nation, c’est la certitude pour les ambitieux et les carriéristes de trouver un terrain de jeu extrêmement profitable. Pensez donc, rien qu’en France, les sénateurs, les parlementaires, les conseillers régionaux, les conseillers généraux. Plus bas, rien à redire, les communautés de communes et les mairies, en dehors du fait qu’elles assurent un gouvernement de proximité, sont peu rémunératrices et n’intéressent – à part dans les grandes métropoles -, que les quasi bénévoles.

Imaginez qu’on dise à nos chers élus : « l’Union européenne est dorénavant fédéraliste, elle est constituée non plus de pays mais des Régions d’Europe, 12 pour l’Allemagne, 2 pour le Portugal, 5 pour l’Espagne, 7 pour la France, 2 pour la Belgique, 1 pour la Slovaquie, 1 pour la République Tchèque, 2 pour les Pays-Bas, etc. L’Union européenne comprend une soixantaine de régions, à comparer aux 50 Etats étasuniens. Les décisions opérationnelles et économiques sont prises par le Régions. Les fonctions régaliennes le sont par le gouvernement européen sous le contrôle effectif du parlement européen ; les fonctionnements sont harmonisés, la fiscalité, les régimes de retraite ; la politique étrangère est européenne, la défense est européenne… Mais c’est un crime de lèse-ministres ! Que va devenir Madame Bachelot ? Et Monsieur Sarkozy, qui n’a plus aucune chance d’être élu Président de l’Europe, maintenant qu’on l’a vu à l’œuvre ?

Voyons, en France (dans le pays France, avec ses terroirs et ses territoires), plus de gouvernement central, sept Régions autonomes et interdépendantes avec l’UE, et des communautés de communes rebaptisées en Territoires. Finies les 22 régions administratives, les 95 départements, finies les guerres picrocholines.

Oui, mais qui va assurer la sécurité des français, qui va leur garantir du travail, qui va assurer la justice, qui va faire appliquer le droit républicain : liberté, égalité, fraternité ? Ah bon, parce que l’Etat garantit le travail ? Quelqu’un croit-il vraiment que la convocation de Carlos Ghosn à l’Elysées va empêcher Renault de construire nos Clios en Turquie ? (ce qui est déjà le cas depuis quelques années, soit dit en passant, mais les medias viennent de soulever le lièvre et notre Président ne peut pas ne pas faire comme s’il était impuissant, justement parce qu’il est impuissant !) Quelqu’un parmi le peuple croit-il encore que règnent la justice équitable et l’égalité devant la Loi ? Non, devant la Loi il vaut mieux être riche et puissant que noir (ou beur) et du 9-3. La Fraternité ? A part Bouygues, Arnaud, Pinault, Lagardère, Bolloré et quelques autres fortunés, qui a encore le sens de la fraternité parmi les puissants ? Et la liberté… qui se soucie de la liberté ? C’est tellement dangereux la liberté, il y a même des gens - des terroristes -, qui vont en profiter pour dénoncer les malversations, les injustices criantes, les magouilles, les vols institutionnalisés ! Contre la liberté, un Etat policier, qui permet à chacun de profiter de ses rapines en sûreté.

Dix fois moins d’élus, dix fois moins de fonctionnaires, deux fois moins d’impôts, de l’énergie libérée pour la créativité, l’innovation, l’entreprenariat, la recherche, l’éducation, l’art de vivre.

Le commerce est mondial, la technologie est mondiale, l’industrie est mondiale. Les fonctions régaliennes d’un Territoire et d’une Région, ce sont l’éducation, la police, la justice et les infrastructures. Un point, c’est tout. La fonction régalienne de l’UE, c’est la Défense Européenne des régions membres, l’harmonie fiscale et sociale, le contrôle des comptes des régions et la participation à un gouvernement mondial qui se met progressivement en place. Un point, c’est tout.

Au lieu de quoi, l’Europe des Nations qui s’est imposée après le traité de Maastricht, en 1992, et a été imposée par le couple Chirac-Schröder - infâmes profiteurs -, et l’incapacité depuis lors à régler quelque question que ce soit ! Mais nos ministres sont bien payés et ils ont les honneurs ; nos députés se la coulent douce au parlement qui leur rappelle à l’évidence la cour de leur récré où ils retombent en enfance ; nos sénateurs… chut, ne les réveillons pas… Et tout ce petit monde est surveillé, épié par une nuée de journaleux qui les valorisent, les mettent en avant ou les vouent aux gémonies au gré des flux médiatiques et des intérêts de la publicité, il faut bien gagner sa croûte.

Et les européens là-dedans ? Les jeunes n’ont plus de frontières ; la Chine, L’Amérique de Sud ou du Nord sont leurs champs d’activité et de vie. Ils en auront de nouvelles, hélas, des frontières, s’ils suivent la voie de l’Âââdministration ou de la Pôôôlitique. Les actifs paient et paient encore, vaches à lait, serfs modernes, pour alimenter des improductifs qui n’ont même plus la sprezzatura des nobles de l’Ancien Régime. Transformés pour la grande majorité en irresponsables, les gens du peuple cherchent des coupables, à gauche, à droite, sans jamais plus accepter de prendre leurs responsabilités. Au pire, ils se rassemblent sur des mots d’ordre savamment instillés par une propagande redoutable pour « reprendre l’Alsace et la Lorraine », une « Deutschland über alles », « une identité nationale », « tous unis contre la grippe H1N1 » …

Pauvre vieille Europe, les Nations t’ont tuée, et ses dirigeants en ont empli la taille rebondie de leur panse.

Et du fond de mes entrailles monte un cri qui arrive à mes lèvres : « aux armes, citoyens ! »



[1] Courrier International n° 1017 du 29 avril au 5 mai 2010, p. 8